La Bouquinerie

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Bénévise-Dossat

L’affaire des chauffeurs de la la Drôme.
Très nombreuses photos et documents inédits.

450 pp. 23 e

Ce livre retrace pour la première fois l’affaire complète des bandits de la Drôme appelés aussi Chauffeurs de la Drôme car ils brûlaient les pieds de leurs victimes pour leur faire avouer la cache de leurs économies.Vous vivrez la longue traque, le procès et l’exécution de trois d'entre eux devant la prison de Valence dans une ambiance survoltée, puis la capture du quatrième bandit, alors en fuite, et son départ pour Cayenne. Cette affaire, qui s’est déroulée de 1906 à 1910 en Drôme nord et dans la région de Tournon, a défrayé la chronique régionale et nationale semant l’effroi et la terreur dans les campagnes. Elle a mobilisé toutes les polices de Valence, Romans et de Tournon, aidées par les toutes récentes brigades mobiles qui allaient devenir célèbres sous le nom de « Brigades du Tigre ».
Cet ouvrage est par ailleurs une synthèse des documents, textes et photographies collectées sur plus de 25 ans, dont certains sont rarissimes. Certains faits présentés dans plusieurs versions, incohérentes par moment, complétés par des révélations tardives soulèvent quelques interrogations auxquelles nous avons tenté d’apporter une réponse. Pour le patrimoine de notre région, c’est un ouvrage unique et exceptionnel à placer dans toute bonne bibliothèque.
Jacques Bénévise, infatigable collecteur de la mémoire régionale drômoise et ardéchoise à travers les cartes postales anciennes, nous livre aujourd’hui le fruit d’une recherche iconographique d’une richesse inouïe. Plus de 160 illustrations, la plupart inédites, agrémentent ce livre. Auteur de la collection « il était une fois » (Ardèche sud, Ardèche Nord, Valence, Bourg-lès-Valence), il nous restitue le texte d’Emmanuel Dossat. Mais surtout il le complète magistralement par une enquête-dossier de plus de 130 pages sur cette affaire qui ne laissera aucun lecteur indifférent.
« Un pur moment de plaisir dans la grande tradition des enquêtes policières »


Ce livre est composé du retirage du livre ancien entièrement recomposé accompagné d'un dossier très important et inédit sur cette affaire. De plus, l'iconographie est tout à fait exceptionnelle : de très nombreuses photos d'époque dont toute la série des vues de l'exécution émaille cet ouvrage. Des cartes postales anciennes, des photos de reconstitution, des photos pendant le procès, un dessin de David, etc. agrémentent ce livre tout à fait unique.

PRÉFACE
Les Chauffeurs ont fait leur apparition en France pendant les premières années de la Révolution. Ces bandes de brigands, pour la plupart des déserteurs et des truands, profitèrent de l'absence d'État à une époque où les hommes politiques étaient davantage préoccupés à s'entretuer qu'à lutter contre le crime organisé. Cagoulés ou barbouillés de suie, ils écumaient toutes les régions de France, s'en prenant aux habitants des grosses fermes ou des maisons isolées. Autrefois les habitations possédaient toutes une pièce unique au rez-de-chaussée, où du feu était entretenu dans l'âtre de la cheminée pour faire cuire la soupe au lard dans la marmite suspendue à la crémaillère, ou rôtir les volailles à la broche les jours de fête. Les Chauffeurs, et c'est de là que vient leur nom, se saisissaient des personnes et leur mettaient les pieds dans le feu pour leur faire révéler où elles cachaient leurs économies. Lorsque leurs victimes se refusaient à parler, ils n'hésitaient pas à tuer, à piller et à incendier après avoir vidé la cave et fait ripaille de la cochonnaille du cellier. À la fin du XIXème siècle, un groupe se constituait à Romans, avec : David, natif de Paris, qui résidait avec sa femme Mado à Tournon, quartier du ruisseau. On voyait souvent les époux sur les marchés de Romans où ils vendaient des cartes postales exposées sur une charrette à bras. Redouté dans son quartier, David, avec son accent de titi parisien, était considéré comme un amuseur par les chalands qui fréquentaient son étalage. Lamarque venait de Bordeaux. Cordonnier de métier, il travailla d'abord à Limoges avant de venir s'installer à Romans qui, vers 1900, était le plus important centre de fabrication de chaussures. Seul homme cultivé de la bande, il inspirait confiance. Berruyer, originaire de Margès, appartenait à une famille honorable. Personnage primaire mais vaillant, il travailla comme valet de ferme avant de venir à Romans. D'abord homme de peine, il apprit le métier de la chaussure et fut employé dans une des plus célèbres fabriques de la ville. Homme au-dessus de tout soupçon, il résidait avec sa famille rue Pêcherie et recevait même à sa table le curé archiprêtre de Saint-Barnard. Liottard était issu, lui aussi, d'une bonne famille de Piégros-la- Clastre. Batailleur, il avait eu affaire dès son jeune âge à la gendarmerie. Devenu adulte, il se maria et trouva un emploi fixe. Père de trois fillettes, tout semblait aller pour le mieux, quand il rencontra une femme divorcée qui devint sa maîtresse. Le besoin d'argent le fit se tourner vers la délinquance. Après avoir purgé deux ans de prison pour tentative de meurtre il devait, lui aussi, s'installer à Romans où il se louait comme manoeuvre chez divers patrons. Le hasard voulut qu'il trouva à louer une petite maison située place du Grotton, à une vingtaine de mètres de l'arrière de l'immeuble de Berruyer. Romarin, de son vrai nom Finet, était natif de Bourg-de-Péage où il résidait. Beau garçon il était l'amant de La Poule et c'est à ce titre qu'il faisait partie de la bande. La Poule Noire s'appelait Noémie Nirette. C'était une brave fille de la campagne qui, désemparée après avoir été engrossée par le patron chez qui elle était placée, tua son enfant et ne put retrouver de travail. Elle s'adonna alors à la prostitution et vivait rue Fusterie sur les quais de Saint Nicolas. Bel OEil, qui devait son surnom à un oeil démesurément plus grand que l'autre, se nommait Hyppolite Caleu et était natif de Bourg-de-Péage. Dès l'âge de dix ans, au grand désespoir de ses parents, il traînait dans les rues, pratiquant le vol à l'étalage. Adolescent, il vivait chez les filles de joie à qui il rendait de menus services, et c'est ainsi qu'il avait connu La Poule. Tout devait commencer un soir dans la maison de Berruyer où Lamarque, l'intellectuel du groupe, leur parla sur un ton professoral des Chauffeurs de la bande d'Orgères et de leur chef Rouge d'Auneau, qui opérait dans l'Orléanais vers 1795. Le moyen pour faire parler les gens fut adopté à l'unanimité ; les Chauffeurs de la Drôme étaient nés. Jean-Pierre Ginet
AVANT PROPOS
La Bouquinerie à Valence, spécialiste en livres anciens depuis près de trois décennies, recherche inlassablement tous les documents sur notre région. Après " L'affaire Peyrebeille ", où nous donnions une version " coupable " et une version " innocent " pour les aubergistes de l'auberge rouge ardéchoise, nous proposons aujourd'hui aux lecteurs une nouvelle affaire : celle des Chauffeurs de la Drôme. La présente édition réunit les travaux et recherches effectués par Jacques Bénévise. Pour éviter la difficulté de réécrire toute l'histoire de cette bande, il a choisi de reproduire dans une 1ère partie et dans son intégralité, comme document de base, le texte de Emmanuel Dossat, Les Hommes Rouges, publié en 1909 très peu de temps après la triple exécution. Ce récit, quelque peu romancé, et auquel on peut reprocher parfois des positions partisanes et un manque d'objectivité à l'encontre de certains faits et de certaines personnes, garde malgré tout, toute sa valeur de référence en la matière ; il a été cependant, corrigé, annoté et complété. C'est surtout en 2ème partie que l'on trouvera l'état des recherches récentes puisées dans différentes archives tant personnelles que privées. Compléments indispensables au récit d'Emmanuel Dossat, les éléments développés, dans cette partie, sont le fruit d'une analyse pertinente et d'une synthèse de toute la documentation rassemblée sur le sujet. De nombreux recoupements ont été nécessaires car nombre d'ouvrages et articles traitant du sujet possèdent des inexactitudes. À certains endroits, des articles de journaux de l'époque ont été reproduits dans le but de traduire fidèlement l'esprit, l'atmosphère et les différentes idées qui avaient cours au moment de l'affaire. L'ensemble de ce livre a été illustré de très nombreuses photos et documents tout à fait exceptionnels faisant partie, pour la grande majorité, de la collection personnelle de l'auteur rassemblée depuis plus de vingt ans. Un siècle plus tard, étant entré dans un nouveau millénaire, qu'aurait récolté David et ses acolytes pour de tels méfaits ? - 8 - Sans doute une réclusion plus modérée à l'image de ce que l'on peut constater dans les verdicts des procès actuels ! Mais certainement pas la peine capitale puisque nous fêtons aujourd'hui les 20 ans de son abolition. À la fin de votre lecture, en possession de tous les éléments relatifs à cette affaire, nous vous laissons le soin de décider à votre tour, comme si vous étiez juré, quel serait votre propre verdict, en votre âme et conscience bien sûr : la perpétuité, sachant qu'elle est toujours assortie d'une durée de sûreté, ou bien une détention plus modeste obtenue par le biais des circonstances atténuantes ? René Saint-Alban, Remerciements Nous remercions toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce livre. Tout particulièrement M. Henri Rey pour l'autorisation de reproduire le registre-dossier des affaires que possédait son père, juré au procès, puis nos amis cartophiles : Jean Eynard, Jacqueline et Jean-Pierre Gélibert et Yvon Jacob pour le prêt de cartes anciennes sur les cantons de Tain, Tournon et Romans, Gérard Blémet, le docteur Jean Boyadjian, la famille de Victor Colomb , la Médiathèque de Romans et les Archives Départementales de la Drôme pour l'accès à leurs archives. Note : Le Ministère de la Justice signalait par une lettre du 18 septembre 1909 : " On s'opposera de manière absolue à ce qu'il soit fait usage d'appareil photographique ou cinématographique ou de tout autre moyen de reproduction de la scène de l'exécution et on retirera les appareils aux personnes admises à pénétrer sur l'emplacement. " Pourtant des clichés ont été pris par trois opérateurs différents ; nous avons réparti cet ensemble de 12 vues, en notre possession, sur les deux parties du livre.
1ère Partie
EMMANUEL DOSSAT LES HOMMES ROUGES ou l'histoire véridique des Chauffeurs de la Drôme Notes et Illustrations de JACQUES BÉNÉVISE
CHAPITRE I
SUR LA ROUTE DE LA MONTAGNE
Le 15 septembre 1906, le train matinal qui dessert, avec une sage lenteur, la ligne pittoresque de Grenoble à Valence sur la rive droite de l'Isère arrivait à 6 heures 10 en gare de Saint- Nazaire-en-Royans et y déposait, selon la coutume quotidienne de cette époque de l'année, un petit flot de voyageurs gai et animé, composé de touristes, représentants de commerce et négociants en bois ou bestiaux, se rendant vers les riantes montagnes des massifs du Royannais et du Vercors. Ces voyageurs divers, dès la sortie de la gare, se partagèrent immédiatement, avec une étonnante rapidité, en deux groupes, dont l'un à droite et l'autre à gauche, prirent d'assaut chacune des deux voitures qui font le service de Saint-Jean et de Pont-en- Royans. Cette rapidité d'assaut étant d'ailleurs nécessaire, puisqu'il s'agit pour chacun de s'emparer à l'instant d'une bonne place dans ces petites diligences d'antique structure, qui ne manquent pas d'un certain cachet au milieu du gracieux tableau des routes de montagne sur lesquelles elles circulent. La première des voitures qui se mit en marche, fut celle de Pont-en-Royans, conduite par son légendaire conducteur Janvier, lequel a le secret de l'achat des truites et des arrêts aux bonnes auberges ; et tandis qu'il excitait ses chevaux, les voyageurs de l'impériale entamaient une conversation matinale. Le premier un touriste parisien, à en juger par son accent, demandait à son voisin de droite, dont l'allure frétillante dénotait le voyageur de commerce : - Que pensez-vous, Monsieur, de ce beau pays, quelle fraîcheur et quelle végétation ! Ne trouvez-vous point, par cette claire matinée de septembre, qu'une promenade comme la nôtre, même en patache antique, est un véritable régal pour les amateurs de la nature ? - Vous avez raison, répondit le voyageur de commerce, malheureusement, notre métier de promeneur continuel nous blase un peu trop sur les beautés de la nature et... autres. - Certes, reprit le parisien en riant, je vous comprends à merveille, cependant lorsque vous sortez de la ville, vous devez au moins dans ces parages splendidement tranquilles, ne pas redouter le sanglant apache de nos boulevards ? À ces mots, le troisième personnage des banquettes de l'impériale fit un mouvement brusque et vite réprimé, mais pas assez cependant pour que le parisien et son voisin ne s'en fussent aperçu et n'aient instinctivement dirigé leurs regards sur leur compagnon de route qu'ils avaient à peine examiné jusque là. Les yeux du voyageur se reportèrent bientôt avec indifférence vers l'attelage qui s'engageait, à ce moment, sur le hardi pont suspendu qui relie la gare au bourg de Saint-Nazaire à cent pieds au-dessus de la torrentueuse Isère ; mais ceux du parisien s'animèrent d'un éclair rapide, qui semblait appartenir à ce genre de regard particulier aux hommes qui ont par habitude d'analyser en une seconde le caractère et la raison sociale, si on peut ainsi écrire, d'un personnage intéressant ou suspect. Le personnage examiné de la sorte était-il donc intéressant ou suspect ?... Peut-être l'un ou l'autre, ou peut-être aussi les deux, car le touriste semblait le détailler furtivement et sans vouloir éveiller son attention. Après cet examen, notre parisien tira de sa poche une sorte d'album de petit format, puis ostensiblement, en regardant dans la direction de la forêt de Lente, il se mit à crayonner en amateur. Mais celui qui aurait alors jeté un coup d'oeil sur la page de l'album y aurait vu reproduits avec fidélité, en légers traits de plume portative, la silhouette et surtout le visage expressif du singulier compagnon de route qui avait attiré si spécialement l'attention de son voisin. Personne d'ailleurs ne remarqua les détails de ce manège qui paraissait bien naturel à un amateur de sites et l'album réintégra la poche de son propriétaire lorsque la voiture dépassait le Pontde- Manne, laissant à droite la route de Saint-Jean-en-Royans. - 13 - Pont de Manne. Cependant le portrait ainsi conservé était-il donc si digne d'attention et qu'avait de particulier le personnage qui en était l'objet ? Était-ce un type de beauté ou de laideur, un montagnard pittoresque ?... rien de tout cela, mais seulement un trimardeur de qualité accentuée, si accentuée même qu'à notre tour nous en décrirons l'image. Cet individu, assis à ce moment et depuis le commencement du voyage sur la banquette du conducteur, un peu au dessous de celle qui contenait les autres personnes de l'impériale, se présentait vu du haut de la voiture, placé en biais, les jambes pendant presque en dehors, le visage tourné vers la gauche de la route qu'il regardait avec une grande attention, surtout à l'apparition d'une ferme ou maison isolée. Il était donc facile de l'observer et de détailler sa mine et sa tournure. Or l'une et l'autre étaient loin de prévenir en sa faveur. Il fumait depuis le commencement du voyage avec cette allure de débauche, stigmatisée par certains signes de vague bestialité empreinte sur son visage et dans les gestes nonchalants dont il se servait, notamment, pour aspirer et rendre, après une pause, la fumée décolorée de sa cigarette. C'était le type non pas du trimardeur de grande route quelquefois ennuyeux mais parfois aussi honnête ; mais bien celui de l'apache parisien dont l'évocation, il y a un instant, l'avait fait sursauter. Il pouvait avoir trente-cinq ans, sa figure plombée était barrée d'une moustache sombre et assez clairsemée. Les rides précoces de ses tempes et le bistre noir cerclant ses yeux de félin rendus ainsi plus brillants, donnaient à sa physionomie un aspect tour à tour astucieux et méchant selon l'allure du regard. Le corps, de grandeur moyenne, semblait miné par le commencement d'une maladie qui recouvrait sa peau, pour ainsi dire au dessous de son hâle, d'une teinte cendrée. Cependant à sa carrure et à ses membres, on sentait que la nature l'avait doté de muscles puissants. Cet homme, lorsque la passion l'emportait, devait être très dangereux. - La suite de ce récit nous apprendra bientôt ce qu'il était en réalité - et ce qu'il devait être plus tard. Mais avant de le suivre spécialement, il nous importe de revenir à nos deux premiers voyageurs dont l'un surtout, doit occuper dans cette dramatique et véritable histoire une place prépondérante. Et celui qui attirera ainsi notre attention aux parties les plus intéressantes peut-être de notre récit, n'est autre que le touriste parisien dont nous rapportions les propos et les gestes au début de ce chapitre. Nous avons indiqué qu'au cours de la route il avait dessiné le portrait du trimardeur, puis avait réintégré son album. Ceci fait, il reprit, avant d'arriver à Pont-en-Royans avec son voisin le voyageur de commerce, la conversation un instant interrompue et il demandait des renseignements sur les sites du chemin et sur ceux qu'il se proposait de visiter pendant quelques jours. Son compagnon de route lui répondait avec complaisance et tandis que la diligence, côtoyant le barrage de la Bourne qui forme un lac riant et coquet, descendait la pente qui arrive aux portes du Pont, il lui montrait sur la droite un peu au-dessus du barrage et à gauche du pittoresque village de Sainte-Eulalie, la splendide entrée des Goulets. Par cette matinée de septembre, dans le calme particulier des profondes gorges du Royannais et du Vercors, où les dernières gouttes de rosée matinale scintillaient immobiles à l'extrémité des ramures verdoyantes, sous les premiers rayons du soleil, le spectacle était vraiment impressionnant. Combien d'amateurs font chaque année des centaines de kilomètres pour contempler ce tableau et ils ont raison. Le dessinateur touriste impressionné lui aussi, exprimait vivement sa satisfaction lorsque la voiture, après avoir traversé avec fracas la première rue de Pont-en-Royans s'arrêta brusquement, au milieu du bourg, près de la petite halle qui abrite marchandises, voitures et passagers. Pont-en-Royans. Le trimardeur sauta aussitôt sur la route, solda le conducteur sans prononcer une parole et remontant la principale rue du bourg, reprit la route par laquelle on venait d'arriver, marchant assez vite, les mains dans ses poches, avec un roulement d'épaules significatif. Nous le retrouverons bientôt. Le voyageur de commerce et le touriste, liés déjà par une conversation aimable descendirent à leur tour et décidèrent d'un commun accord, comme cela arrive maintes fois, entre gens de bonne compagnie dans ces sortes de voyage, d'aller prendre ensemble le café matinal. Ils se dirigèrent vers l'établissement Berthoin, situé au milieu du village et commandèrent un frais mais chaud moka, deux termes qui semblent se contredire, mais qui deviennent par leur réunion la qualité indispensable du bon café. - Ma foi, dit le voyageur en achevant sa tasse, me voici au regret de vous quitter, Monsieur, je vais à La Chapelle-en- Vercors et la voiture qui en fait le service part dans quelques minutes. - Cependant, répondit le touriste, j'ai l'intention de continuer avec vous, si cela du moins ne vous dérange point. - Mais nullement, au contraire, j'en serai heureux. Aussi partons vite occuper nos places dans la petite voiture du courrier. - Volontiers. Vers les 10 heures du matin, leur courrier les emmenant, ils purent admirer tour à tour, les Petits et les Grands-Goulets, une des merveilles du Dauphiné et des Alpes, si riches cependant déjà en curiosité naturelles. Mais parmi ces curiosités, rien n'est comparable au massif du Vercors qui semble garder pour lui, avec jalousie, une empreinte toute originale. C'est un coin de la Suisse la plus riante. Mais c'est en même temps, à certains endroits, et notamment vers les tunnels des Grands Goulets, l'aspect heurté et grandiose des déchirures de la haute montagne. Tout cela couronné de magnifiques forêts, encadré aussi dans les contours des vallons par de belles prairies qui font de ce paysage un tableau unique au monde. Le touriste n'avait jamais traversé ces parages, aussi ne tarissait-il pas d'éloges communiqués à son compagnon, à tel point que celui-ci finit par lui dire : " Mais il m'a semblé, Monsieur, que vous étiez dessinateur de paysage et que vous avez en poche certain album qui doit contenir d'agréables pages auxquelles vous pourriez bien joindre une esquisse des beautés qui nous entourent. - Le touriste parut vivement embarrassé par cette simple observation. - Il réfléchit quelques instants avant de répondre, puis semblant se décider à un parti rapidement pris, il répondit : - Je vais vous étonner, mais je ne suis pas ce que vous croyez. À cette observation brève et inattendue, le voyageur hocha la tête, semblant solliciter une explication plus nette. Celle-ci ne se fit pas attendre : - Voici ma carte, continua le parisien…

 

 

TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE ................................................................................5
AVANT PROPOS ....................................................................7
PREMIÈRE PARTIE
LES HOMMES ROUGES
par Emmanuel Dossat
SUR LA ROUTE DE LA MONTAGNE............................... 11
L'AUBERGE DU FURAN....................................................21
SOMBRES DEMEURES ......................................................32
LES HOMMES ROUGES.....................................................44
PREMIERS CRIMES. LE CHAUFFAGE ............................60
DANS LES CÉVENNES.......................................................78
LES ÉPOUX REY LE PÈRE TARDY..................................90
L'AFFAIRE DE BREN........................................................100
LE MEUNIER GIRARD. L'ORGIE ................................... 110
LE DOUBLE CRIME DE CHAMBOIS .............................124
AUX BORDS DU RHÔNE.................................................134
TRIPLE ASSASSINAT .......................................................142
PREMIÈRES ARRESTATIONS LA BRIGADE MOBILE164
LA CHASSE À L'HOMME................................................178
LES AVEUX. LE CADAVRE DE ROMARIN...................195
LES DRAMES DE LA PRISON.........................................207
LE RÊVE .............................................................................214
L'ACTE D'ACCUSATION.................................................225
LA COUR D'ASSISES .......................................................254
LA GUILLOTINE ...............................................................284
LA GRANDE LIGNE..........................................................298
DEUXIÈME PARTIE
LES COMPLÉMENTS DE L'AFFAIRE
par Jacques Bénévise
COMPLÉMENTS AU LIVRE DE DOSSAT......................306
RÉFLEXIONS - INTERROGATIONS...............................330
LES RÉVÉLATIONS ..........................................................355
RECONSTITUTIONS SUR LES LIEUX DES CRIMES ..365
CONFESSIONS ET MÉMOIRES.......................................377
RETOMBÉES MÉDIATIQUES..........................................395
LAMARQUE ET LE 2ème PROCÈS....................................420
ÉPILOGUE..........................................................................435


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