La Bouquinerie

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Vient de paraître, une histoire vraie
ANDRÉ DESMARAIS

Un parcours criminel en Drôme-Ardèche
René F.
GUILLOTINÉ À VALENCE LE 19 FÉVRIER 1929

Né en 1908 à Dun-sur-Auron, dans le Cher, René F. a tout juste 20 ans lorsque son destin est confié à Anatole Deibler, l’exécuteur des
hautes œuvres. On dit que la valeur n’attend pas le nombre des années. Il en va de même pour les bons comme pour les mauvais garçons. Enchaînant les vols dès la prime adolescence, il finit par tuer, à Valence, pour voler alors qu’il n’a que 18 ans. Souffrant d’héliotropisme, le déterminisme social qui lui traçait un destin en région parisienne l’a amené dans le Sud : Aix-en-Provence, Valence et Romans dans la Drôme puis Gluiras en Ardèche. Et enfin Montpellier puis Sète dans l’Hérault. Ce récit s’appuie essentiellement sur l’analyse des pièces des dossiers criminels et de la presse de l’époque. L’auteur s’est intéressé à aborder ces différentes affaires autant sur l’analyse sociale que criminalistique, certains acteurs de la scène judiciaire tels qu’Edmond Locard ayant également été amenés à apporter leurs concours aux enquêtes.

André Desmarais a travaillé pendant une trentaine d’années dans différents services du ministère de l’Intérieur, avant de participer à des
missions de coopération. Aujourd’hui, il a rejoint un centre de recherches qui traite de la violence par armes à feu. Il intervient également ponctuellement dans des actions de formation, tant en France qu’en Asie ou en Afrique.

« UNE SUPERBE ENQUÊTE QUI VOUS TIENDRA EN HALEINE DE BOUT EN BOUT », RENÉ SAINT-ALBAN

16 x 24 cm. 200 pages. Photos, gravures

Prix public 15 euros.
20 euros franco chez vous jusqu'au 1er decembre 2020


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Avant-propos.

Cette histoire débute comme une rencontre. En septembre 2015, je viens de faire valoir mes droits à la retraite de la fonction publique. Accueilli par un groupe d'historiens amateurs valentinois, je débute des recherches aux archives départementales de la Drôme. Guidé dans mes travaux sur un thème dont je vais finir par m'écarter, la documentaliste me conseille de commencer mes recherches en compulsant le registre des écrous de la maison d'arrêt de Valence correspondant à la période que j'ai choisie. La double page référencée soixante-et-onze comporte les informations relatives à l'entrée et à la sortie de trois détenus. Alphonse Millet* , condamné à deux mois d'incarcération pour tentative de vol, Henri Boucher*, purgeant deux ans d'emprisonnement pour incendie volontaire et à la rubrique 213, René F.. Un bordereau est collé dans l'angle de la page et recouvre partiellement les champs du formulaire consacré à ce détenu. Le procureur de la République l'a rédigé le 18 février 1929, à l'intention du surveillant chef de la maison d'arrêt de Valence. Il lui ordonne " de remettre à l'exécuteur des hautes œuvres, le nommé F. René pour lui faire subir la peine capitale ". La page de gauche rassemble des observations effectuées lors de son arrivée dans l'établissement pénitentiaire. On y apprend que René est entré dans les lieux le 3 août de l'année précédente. Il portait alors un " chapeau marron [une] chemise de couleur, un complet marron [et des] souliers bas ". Sur ce même document, on nous indique qu'il sait lire et écrire et qu'il se déclare catholique. La page de droite est consacrée à sa " sortie " de la maison d'arrêt. Anatole Deibler y porte la mention : " Reçu le Nommé F. René Valence, le 19 février, l'exécuteur des hautes œuvres ". Suit une signature tracée dans une écriture de sang, nous renvoyant à cette époque où la République punissait certains criminels du châtiment suprême. La mention est lapidaire. Le style est tranchant.
J'obtiens le dossier criminel. Pas très épais. Tel qu'on les faisait à l'époque. Un gamin. Exécuté en 1929 à tout juste 20 ans. Pourtant, au fil des pages je découvre qu'il ne s'est pas contenté de tuer une femme à Valence avant de la cambrioler, mais qu'il a aussi été impliqué dans plusieurs affaires criminelles, certaines commises avec un complice.
Je vais de surprises en surprises. À Valence, le bureau de tabac, lieu de son premier crime, est situé à moins de deux cents mètres de l'endroit où j'habite aujourd'hui. Une maison qui existait déjà à l'époque. La mère de mon épouse à laquelle je présente ce projet de recherche est née et demeurée dans ce quartier. Elle conserve quelques bribes de souvenirs de cette affaire et se rappelle l'avoir entendue évoquée par ses parents. Agée de quatre ans lors des faits, elle se remémore être venue à plusieurs reprises dans cette boutique avec sa mère pour y acheter des friandises. Son père, menuisier installé à une centaine de mètres de la scène de crime pourrait être cet homme de l'art requis par la police pour découper la lame de plancher supportant une trace de sang. Dommage. Le nom du menuisier ne figure pas dans le dossier.
Ces affaires criminelles sont symptomatiques d'une époque révolue à plusieurs titres. Tout d'abord, elles s'inscrivent dans le premier tiers de l'ultime siècle de la peine de mort. L'année 1929 verra cinq têtes tomber dans le seau en zinc, sans compter les territoires ultramarins. Peine capitale censée apaiser la violence en offrant l'exemple de la mort d'un condamné. Un temps où policiers et gendarmes solution-naient leurs énigmes à l'aide d'une enquête de voisinage, d'un interro-gatoire approfondi et d'une dose de bon sens. Le règne de l'aveu circonstancié. Une période où les témoins se réjouissaient d'aider les enquêteurs.
Enfin, une époque, celle-ci également révolue, où la presse donnait en pâture les noms des suspects, n'hésitant pas, à l'exemple de la " fille Taupin* " à laisser filtrer qu'il s'agissait d'une " fille soumise ". Des journaux omnipotents puisque commençant tout juste à partager la scène médiatique avec la radiophonie. Des journaux qui parvenaient même à reproduire in extenso certains procès-verbaux !
C'est également une période où les pères fondateurs des sciences criminelles pénètrent dans le paysage judiciaire, tel le lyonnais Edmond Locard.
René F. est le personnage principal de ce récit. Ce texte n'est ni une hagiographie, ni une diatribe. Des faits. Seulement des faits. La justice de son temps l'a reconnu coupable à plusieurs reprises et l'a condamné dans différents dossiers. Il est évident qu'il s'agit d'un voyou doté de peu de scrupules. J'aimerais toutefois, à l'image des jurés montpel-liérains accorder à René des circonstances atténuantes. Cet ouvrage vous appartient. Faites-vous donc votre propre opinion.

Valence, le 24 Septembre 2020.

 

Table des matières
AVANT-PROPOS. 9
RENÉ. 19 FÉVRIER 1929. VALENCE. DES BRUITS ÉTOUFFÉS AUPRÈS DE LA PRISON. 13

1ÈRE PARTIE : LA JEUNESSE DE RENÉ F. 1908-1927 15
1908 - 1916 : UNE ENFANCE BERRICHONNE. 15
1916 - 1925 : UNE ADOLESCENCE MOUVEMENTÉE. 18
1926, LE TEMPS DES PREMIÈRES CONDAMNATIONS. 23

2ÈME PARTIE : LE PARCOURS CRIMINEL DE RENÉ. AOÛT- NOVEMBRE 1927. 29
RENÉ. AOÛT 1927, VALENCE. LES PRÉPARATIFS DE L'AGRESSION DE MARIE BLANC*. 29
RENÉ. 11 AOÛT 1927, VALENCE. L'AGRESSION DE MARIE BLANC*. 33
12 AOÛT 1927, VALENCE. LA DÉCOUVERTE DU CORPS DE MARIE BLANC*. 38
LES POLICES, EN 1927. 45
13 AOÛT 1927, VALENCE. LES " MOBLOTS " S'EN MÊLENT. 49
LA POLICE SCIENTIFIQUE EN 1927. 51
AOÛT 1927, VALENCE. " UNE BURALISTE ASSASSINÉE ". 53
10 AOÛT 1927, GRENOBLE, VALENCE. " L'ASSASSINAT DE LA BURALISTE : UNE TRIPLE ARRESTATION ". 57
LA PROSTITUTION, DANS LES ANNÉES DE L'ENTRE-DEUX-GUERRES. 62
19 AOÛT, VALENCE. LA GARDE À VUE DU TRIO SE PROLONGE. 64
RENÉ. ETÉ, AUTOMNE 1927, NÎMES. LES JOURS HEUREUX. 68
SEPTEMBRE 1927, VALENCE. L'ENQUÊTE PIÉTINE. 70
RENÉ. 11 NOVEMBRE 1927, NÎMES. LA RENCONTRE AVEC LÉON R.. 72
15 NOVEMBRE 1927, PARIS, VALENCE. LE SANG DE LA SCÈNE DE CRIME EST ANALYSÉ. 75
L'ANALYSE DES TACHES DE SANG JUSQU'EN FIN DES ANNÉES 1930. 79
NOVEMBRE 1927, MONTPELLIER. " EN PLEIN DRAME BALZACIEN ". 81
LE COMMERCE ET LE PORT DES ARMES À FEU, JUSQU'À L'AUBE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE. 87
RENÉ, LÉON. 13 NOVEMBRE 1927, MONTPELLIER. UN JUTEUX CONTRAT. 91
RENÉ, LÉON. 13 NOVEMBRE 1927, MONTPELLIER. UNE TENTATIVE DE MISE À MORT BIEN TUMULTUEUSE. 94
13 NOVEMBRE 1927, MONTPELLIER. UNE BLESSURE SUPERFICIELLE. 99
L'EXPERTISE BALISTIQUE JUSQU'AU DÉBUT DES ANNÉES 1930. 102
14 ET 15 NOVEMBRE 1927, MONTPELLIER. DES POULETS CHEZ LES POULES. 104
LÉON. 14 NOVEMBRE 1927, CETTE. UNE BONNE VOLONTÉ SI MAL RÉCOMPENSÉE. 107
RENÉ, LÉON. 22 NOVEMBRE 1927, NÎMES. L'ATTAQUE DU TRAIN DE VOYAGEURS ! 108
RENÉ, LÉON. 25 NOVEMBRE 1927, GLUIRAS. L'ASSASSINAT DE BAPTISTE PEYRARD*. 108
RENÉ, LÉON. 25 NOVEMBRE 1927. LA FUITE DE GLUIRAS. 112
25 ET 26 NOVEMBRE 1927, GLUIRAS. LE SIGNALEMENT DE LA DISPARITION DE BAPTISTE*. 113
26 NOVEMBRE 1927, GLUIRAS. LA PRISE EN COMPTE DE LA SCÈNE DU CRIME. 114
27 NOVEMBRE 1927, GLUIRAS. LA POURSUITE DES INVESTIGATIONS. 119
DÉCEMBRE 1927, MONTPELLIER. L'ENQUÊTE SUR LA TENTATIVE D'ASSASSINAT DU PROXÉNÈTE MARQUE LE PAS. 124

3ÈME PARTIE : LE DÉBUT DE LA FIN. NOVEMBRE 1927- FÉVRIER 1929. 127
RENÉ, LÉON. FIN NOVEMBRE - DÉBUT DÉCEMBRE 1927. SAINT-JEAN-DE-VÉDAS, MONTPELLIER, NÎMES. TOMBÉS POUR UN CASSE. 127
RENÉ. DÉCEMBRE 1927, MONTPELLIER. UN REBONDISSEMENT DANS L'ENQUÊTE DU MEURTRE DE MARIE BLANC* ? 132
DÉCEMBRE 1927, PRIVAS, MONTPELLIER. DE L'ART DE REFAIRE CE QUI A DÉJÀ ÉTÉ FAIT. 133
RENÉ, LÉON. JANVIER 1928, PRIVAS. UNE BIEN SOMBRE AFFAIRE ÉLUCIDÉE. 135
RENÉ. 23 JANVIER 1928, PRIVAS. RENÉ SE MET À TABLE DANS L'AFFAIRE DE LA BURALISTE. 136
RENÉ. 30 JANVIER 1928, PRIVAS. UNE ENVIE DE SE FAIRE LA BELLE. 139
2 FÉVRIER 1928, VALENCE. UNE VICTIME MORALEMENT ACCEPTABLE ? 140
RENÉ. 8 FÉVRIER 1928, VALENCE. L'AVENUE VICTOR HUGO DE NOUVEAU EN ÉMOI. 142
RENÉ, HERVÉ*. FÉVRIER 1928, VALENCE. DANS L'HUIS-CLOS DU CABINET DU JUGE. 143
LE 28 FÉVRIER 1928, RENÉ CONFIRME DEVANT LE JUGE GUILLOTTE LA PARTICIPATION D'HERVÉ* DANS LE PROJET D'AGRESSION. 143
RENÉ. MARS 1928, VALENCE, PRIVAS. L'EXPERTISE PSYCHIATRIQUE DE RENÉ F. 144
RENÉ, LÉON. JANVIER - MAI 1928, MONTPELLIER. UN MÉCÈNE OFFRE DE QUOI CANTINER À NOS DEUX COMPÈRES. 146
RENÉ, LÉON. 28 MARS 1928, PRIVAS. L'AGRESSION DE BAPTISTE PEYRARD* DÉFINITIVEMENT RÉSOLUE. 152
AVRIL, MAI 1928, MONTPELLIER. LE COÛT DU PISTOLET. 154
RENÉ, LÉON. AVRIL, MAI 1928, PRIVAS. EN ROUTE POUR LE GRAND CARREAU. 157
RENÉ, LÉON. JUIN, JUILLET 1928, MONTPELLIER. DE NOUVEAU EN CHEMIN POUR LES ASSIETTES. 159
RENÉ. ETÉ-AUTOMNE 1928, VALENCE, RENÉ POURSUIT SEUL SON MARATHON JUDICIAIRE. 161
PRIVAS, MONTPELLIER, VALENCE. LA TYPOLOGIE DES MEMBRES DES JURYS. 166
RENÉ. 19 FÉVRIER 1929, VALENCE, SUR LA BASCULE À CHARLOT. 167
REMERCIEMENTS 176

RÉFÉRENCES DES DOSSIERS CRIMINELS : 177
TABLE DES MATIÈRES 179

 

EXTRAIT

 

René. 19 février 1929. Valence.


Des bruits étouffés auprès de la prison.
Recroquevillé sous une couverture d'où n'émerge qu'une touffe de cheveux hirsutes, René grelotte. La lune s'invite dans sa cellule, jetant le contour de la fenêtre barreaudée sur le sol. Les radiateurs ne parviennent pas à dissiper le froid glacial de la nuit. Dans ce silence assourdissant, René cherche à décrypter les bruits étouffés qui lui parviennent. Le raclement d'une chaise métallique sur le sol. Un rire gras. Celui de ses voisins, les deux surveillants installés dans la cellule contiguë qui prennent leur repas nocturne. Il doit être un peu plus de minuit. Déchirant le silence, une psalmodie de cris et de pleurs semble provenir d'une cellule éloignée. Tout bien considéré, ce secteur de la prison est plutôt calme. C'est tout l'intérêt, en qualité de condamné à mort, de figurer parmi les personnalités importantes de la prison.
Deux ans plus tôt, René était déjà pensionnaire de la maison d'arrêt de Valence. Rien à voir en terme de confort entre la cellule située au premier étage du bâtiment, un dortoir de quinze lits, et cette vaste cellule. Située entre les parloirs et la salle de repos des gardiens, cette dernière communique avec le couloir principal du bâtiment péniten-tiaire. En face, sont alignées les portes de cinq cellules indivi-duelles, accueillant des détenus devant être protégés de leurs congénères. Des silencieux, ceux-là. Le rond-point, cet espace central de distribution des ailes de détention conforme à la norme péniten-tiaire établie par Alfred Normand, le bâtisseur des lieux de privation de liberté de la seconde moitié du XIXe siècle, est situé sur la gauche. Sur la droite, le hall se transforme en espace administratif : greffe, archives, classe d'école. Le portail d'entrée est placé à l'extrémité de cette aile. Dans quelques heures, les différentes portes menant jusqu'à l'avenue de Chabeuil seront exceptionnellement maintenues ouvertes.
Pour l'instant, René lit dans les silences entrecoupés de quintes de toux que le repas de ses voisins a pris fin. Bientôt ce sera le départ des rondes. Chacune d'entre elles débute systématiquement par une visite des surveillants venant s'assurer que René n'a pas mis fin à ses jours. Chacune des rondes se termine invariablement par une visite au condamné à mort. Comment dormir dans ces conditions ?

C'est l'été. Sur les berges du Rhône. René est étendu sur le ventre dans un carré d'herbes folles. Il observe Chanat* qui accroche une ficelle au goulot d'une bouteille de vin blanc avant de la lancer dans les eaux du fleuve. Dans un moment, le vin aura atteint une tempé-rature idéale. Chanat* rejoint René. Les deux garçons échangent des banalités. Le Tour de France qui a été remporté haut la main par des belges et un luxembourgeois. La scintillante Michèle Verly interpré-tant pourtant un rôle modeste dans Belphégor. Un film qu'ils ont vu la veille au Palace. Les jolies filles qui les reçoivent dans les maisons de la rue du Coq. L'argent qu'il faut se procurer pour manger et pour s'offrir les jolies filles. Puis Chanat* se redresse, court et plonge dans le Rhône. René se lève à son tour et s'approche du petit ponton, avant de se jeter dans l'eau glacée…
Il se réveille. Sa peau est moite. Il a froid. Un surveillant s'éloigne. Il lui semble que l'homme a haussé les épaules avant de quitter la cellule.
René frissonne. La prison est parfaitement calme. Un homme mar-che dans les coursives des étages supérieurs. C'est l'un des surveil-lants qui poursuit sa ronde. Soudain, un bruissement imperceptible rompt le silence glacial. René se redresse dans son lit, aux aguets. Oui, il en est maintenant certain, il entend les sabots d'un cheval claquer sur le pavage de l'une des rues qui bordent la prison. Le cheval s'arrête, immédiatement suivi du crissement métallique du frein d'un fourgon hippomobile. De nouveau le silence, rapidement rompu par le trot de plusieurs chevaux. Ils semblent s'arrêter et se regrouper près de la prison. Un hennissement, puis le calme. René s'enfonce sous sa couverture. Pas longtemps car maintenant le pas cadencé d'une troupe semble s'approcher. Progressivement, le grondement laisse place au claquement des semelles cloutées. La colonne s'approche et s'arrête brusquement. Une grille claque dans le corridor principal de la maison d'arrêt. René s'étend sur le dos et renonce à chercher le sommeil.

 

1ère partie :
la jeunesse de René F.
1908-1927
1908 - 1916 : une enfance berrichonne.


La France dans laquelle René voit le jour, ce 4 avril 1908, demeure clivée en deux groupes sociaux. Une élite parfois d'essence nobiliaire continue à monopoliser les postes prestigieux : professeurs agrégés, magistrats, officiers, médecins, ingénieurs. Une masse compacte rassem--ble le petit peuple des villes et des campagnes : ouvriers, employés, journaliers. D'où peine à émerger un groupe bénéficiant de l'ascen-seur social : instituteurs, agents de maîtrise, sous-officiers. Une France hyper militarisée, confiée autant aux bons soins de l'armée, des curés que des élus républicains. Le capitaine Alfred Dreyfus n'est complè-tement réhabilité que depuis deux ans.

René voit le jour à Dun-sur-Auron, située à une trentaine de kilo-mètres de Bourges, dans le département du Cher. Le passé prestigieux de la bourgade tend à se déployer avec difficulté, le long des rues et des places. Le beffroi, le châtelet et des hôtels particuliers rappellent que Dun-sur-Auron fut cité royale. En 1101, le roi Philippe 1er s'y faisait construire un château. On parlait alors de Dun-le-Roi. Charles VII y séjournait quelques siècles plus tard. La Révolution pourfendant les représentations de la monarchie sous toutes ses formes eu rapide-ment raison du nom original du village. En 1906, Dun-sur-Auron compte 4687 habitants. Les clichés illustrant les cartes postales mises en vente dans le premier quart du XXe siècle représentent un gros village semblable à tant d'autres. Une place du marché coiffée d'une halle sous laquelle l'animation des jours de foire va bon train. Des rues pavées et bordées de trottoirs, sur lesquels les habitants se figent le temps du cliché, le jour où " le photographe " vient direc-tement de Poitiers pour immortaliser les lieux. Des vues représentant la rue de l'Hirondelle, la Grand-rue et son horloge ou encore les Tourbières de la Houille Grise essaiment à la faveur des services pos-taux.
Etienne vient trouver le maire afin de déclarer la naissance de son fils. Ce n'est pas le premier enfant qu'il fait enregistrer à l'état civil. Sa paternité étant établie, il se précipite au café pour célébrer la bonne nouvelle avec ses acolytes. René est le neuvième enfant du couple. Un frère et trois sœurs vont encore venir au monde. Au final, Marie donnera naissance à quatorze enfants . Une formalité devenue habi-tuelle au fil des années. Un nourrisson décède en bas âge. Deux fils leur sont enlevés durant la Grande Guerre. Henri, né le 1er avril 1892, est " tué à l'ennemi " le 3 octobre 1914 à Apremont, dans la Meuse. Un autre fils est porté disparu sur le front quelques mois plus tard.
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200 pages. 16 x 24 cm. Nombreuses gravures.

15 euros

20 euros franco pour toute commande avant le 1er décembre 2020

Envoi à réception règlement

 

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